S'identifier
Saisissez votre nom d'utilisateur pour La Ligue pour la Protection des Oiseaux Auvergne.
Saisissez le mot de passe correspondant à votre nom d'utilisateur.

Vous êtes ici

Un drone au secours des Busards cendrés

20/07/2017

Depuis plus de 30 ans, la LPO Auvergne agit en faveur des busards cendrés. Ces rapaces qui nichent au sol, souvent dans des champs de céréales, sont menacés par les moissons qui ont lieu avant l’envol des jeunes. Clément Rollant (chargé de mission Busard) et Aurélie Delaye (service civique Busard), de la LPO Auvergne, accompagnés de bénévoles, parcourent la campagne pour repérer les couples, trouver les nids, et les protéger des destructions avec l’aide des agriculteurs. Cette année, la LPO Auvergne a testé l’utilisation de drones pour le repérage des nids à protéger.

 

Busards dans le nid - Christian Garcia

Les Busards cendrés : Espèce emblématique des plaines agricoles

Le busard cendré est habituellement un oiseau des milieux ouverts (steppes, plaines, collines, petites montagnes…). Alors que la plupart des rapaces nichent en hauteur (arbres, falaises), le Busard cendré a pour spécificité de nicher au sol. La raréfaction des espaces naturels a encouragé l’espèce, ainsi que les deux autres busards d’Europe (Busard Saint-Martin et Busard des roseaux), à coloniser d’autres milieux. C’est pourquoi, depuis le milieu du XXème siècle, on peut observer ces rapaces dans les espaces cultivés. De nos jours, le busard cendré fréquente aussi les prairies pâturées ou fauchées, et surtout les champs de céréales (blé ou orge) ou de colza. Cette adaptation se révèle devenir un danger pour l’espèce en raison des évolutions de l’agriculture (mécanisation, avancement des dates de fauche).

La population de busards cendrés d’Auvergne est la deuxième plus importante de France. Elle est bien implantée dans les départements du Puy-de-Dôme de la Haute-Loire et du sud de l’Allier, et reste plus dispersé dans le Cantal. Oiseaux migrateurs, ils sont présents dans la région d’avril à septembre et prennent leurs quartiers d'hiver en Afrique au sud du Sahara.

Classé parmi les espèces vulnérables dans la liste rouge des oiseaux nicheurs d’Auvergne, la mise en place d’actions de sauvegarde est donc essentielle à la pérennisation des populations de Busard cendré. En outre, les Busards, comme toutes les espèces de rapaces, sont protégés en France.

Busard cendré - R Riols - LPO Auvergne

Espèce en danger : Quelles actions de protection ?

La  moisson constitue un immense danger pour les Busards. Certains poussins, encore incapables de s’envoler lors des fauches, sont happés par les engins agricoles, sans aucun moyen d’en réchapper. D’autres couples s’installent dans les cultures d’herbe pour l’ensilage et ce sont les œufs, voire les couveuses qui sont alors détruites lors de la fauche.

Depuis le début des années 1980, de mai à août, des bénévoles, sympathisants et salariés LPO parcourent la campagne pour repérer les couples, trouver les nids, et les protéger des destructions (moissons, fauches, ensilages…) avec l’aide des agriculteurs. Ce grand travail permet chaque année de sauver un grand nombre de poussins, ainsi jusqu’en 2016 c’est un total de 1 196 jeunes qui ont été sauvés en Auvergne. Sans ces actions de protections et de conservation, menées dans toutes les régions françaises qui abritent des busards cendrés, l’espèce disparaitrait de France en moins de deux décennies.

Le travail avec les agriculteurs et leur coopération est alors  nécessaire. Les agriculteurs ont d’ailleurs tout intérêt à vouloir garder des busards dans leurs champs. Rappelons, que le Busard cendré est un excellent auxiliaire contre les proliférations de campagnols. Une famille de busards cendrés consomme par saison 700 à 900 campagnols des champs. Par ailleurs, ils effarouchent les corneilles et corbeaux aux alentours de leur nid, diminuant les dégâts dans les semis proche.

Les 3 grandes étapes :

- Repérage de potentiels nids par l’observation d’aller/retours des adultes au nid (on compte environ 40h de temps pour trouver un nid)

- Contact des agriculteurs pour les alerter et obtenir l’autorisation de se rendre sur la parcelle pour connaître l’âge des jeunes et ainsi savoir s’ils pourront s’envoler avant la moisson.

- Mise en place d’actions de protection. Différentes méthodes de sauvegarde de nichées sont mises en œuvre selon le contexte : une cage qui permet de déplacer le nid selon les besoins de l’agriculteur ; un carré non moissonné, parfois entouré de grillage pour éviter la prédation par d’autres animaux ; En dernier recours, le prélèvement des œufs ou des jeunes vers le centre de Sauvegarde.

Cage de protection - LPO Auvergne

Le drone à l’essai :

Cette année, Philippe Briffaud, pilote licencié de drone, exploitant autorisé, est venu tester avec la LPO Auvergne l’utilisation d’un tel outil pour la protection des nichés de busards. Les déclarations nécessaires en préfecture ont bien sûr été faites.

L’utilisation du drone intervient après la phase de repérage de nids. Une fois les emplacements notés, le drone survole la parcelle à environ 24m de hauteur, il repère le nid, descend à 3m, enregistre ses coordonnées, prend une photo et repart. La manipulation aura duré moins de 5 minutes.

Cette action s’est déroulée à titre expérimental pendant une semaine, du 26 au 30 juin. La LPO, avec la présence d’un agent de l’ONCFS, a pu évaluer le dérangement occasionné par rapport à la méthode habituelle. Beaucoup de positif : les adultes reviennent au nid après le passage du drone très rapidement, plus vite que lors d’une visite à pied classique ; un gain de temps considérable car on peut savoir si le nid est occupé, le nombre de jeunes et leur âge, sans avoir à se rendre sur le nid qui se trouve en plein milieu d’une parcelle ; évite le risque de prédation créé par le chemin tracé dans le champ lorsque l’on s’y rend à pied. Les femelles ne montrent pas d’agressivité, c’est une espèce qui est assez tolérante, pas comme son cousin le Busard Saint-Martin.

En conclusion, cette expérimentation, menée également dans d’autres régions, s’est montrée très intéressante par le gain de temps et les dérangements moindres imposés aux oiseaux. Pour autant, il s’agit d’un usage du drone restreint, il n’est pas pensable de l’utiliser dans un seul but de prise de vue et cette utilisation s’inscrit dans le cadre du programme régional de conservation du Busard cendré.*

Philippe Brifaud et son drone - L Duroux - LPO Auvergne

Test du drone fin juin - L Duroux - LPO Auvergne

Ces actions pour la protection des Busards cendrés sont menées grâce à l'aide de :